Un tas de compost qui pue, qui attire les mouches ou qui reste désespérément inchangé depuis des mois n’est pas une fatalité. C’est presque toujours un déséquilibre entre deux familles de matières qu’on a mal dosées, ou un excès d’humidité mal géré. Le compostage n’est pas une science compliquée, mais c’est un équilibre qu’il faut comprendre pour qu’il fonctionne sans effort.
Sommaire
L’équilibre carbone-azote, la clé de tout
Un compost qui fonctionne bien repose sur un mélange équilibré entre matières riches en carbone, dites matières « brunes », et matières riches en azote, dites matières « vertes ». Les matières brunes, feuilles mortes, cartons non imprimés, paille, petit bois broyé, apportent la structure et l’aération nécessaires à la décomposition. Les matières vertes, épluchures, tontes fraîches, marc de café, restes de légumes, apportent l’azote qui nourrit les micro-organismes responsables de la décomposition.
Trop de matières vertes seules produit un compost compact, gorgé d’eau, qui manque d’oxygène et se met à fermenter au lieu de composter : c’est souvent l’origine des odeurs désagréables. Trop de matières brunes seules ralentit au contraire considérablement la décomposition, faute d’azote suffisant pour nourrir les micro-organismes. L’objectif n’est pas une pesée précise au gramme près, mais une alternance visible des couches, brune puis verte, à chaque nouvel apport.
L’humidité, ni trop ni trop peu
Un compost trop sec ralentit considérablement l’activité biologique qui le fait fonctionner : les micro-organismes ont besoin d’humidité pour se développer. Un compost trop humide, à l’inverse, chasse l’air des interstices et bascule vers une décomposition sans oxygène, plus lente et souvent malodorante. La consistance idéale ressemble à celle d’une éponge essorée : humide au toucher, mais sans qu’une pression laisse échapper de l’eau. En période sèche, un arrosage léger du tas suffit à relancer l’activité ; en période très humide, un apport de matières brunes sèches, comme du carton déchiqueté, corrige l’excès.
Ce qui va dans le compost
- Épluchures de fruits et légumes, marc de café et filtres en papier non blanchi, coquilles d’œufs broyées.
- Tontes de gazon, en couches fines mélangées à des matières brunes pour éviter qu’elles ne se tassent en masse compacte.
- Feuilles mortes, petites tailles de haies broyées, paille, carton brut non imprimé déchiqueté.
- Fleurs fanées, résidus de récolte du potager non malades.
Ce qui ne va pas dans le compost
- Viande, poisson, produits laitiers et matières grasses, qui attirent les nuisibles et ralentissent la décomposition en pourrissant plutôt qu’en compostant.
- Plantes malades ou envahies de parasites, dont les agents pathogènes peuvent survivre au processus si le tas ne monte pas suffisamment en température, et se retrouver ensuite épandus dans tout le jardin.
- Mauvaises herbes montées en graines, qui risquent de germer partout où le compost sera ensuite utilisé.
- Cendres de bois traité, litières d’animaux carnivores, et tout matériau synthétique même présenté comme biodégradable.
Où installer le tas et comment le protéger
L’emplacement du compost influence directement son bon fonctionnement. Un coin mi-ombragé, ni en plein soleil où il sèche trop vite, ni entièrement à l’ombre où il reste trop froid et humide, offre généralement les meilleures conditions. Un contact direct avec la terre, plutôt qu’un bac totalement étanche posé sur une surface dure, permet aux vers de terre et aux autres organismes du sol de coloniser naturellement le tas et d’accélérer sa décomposition, en plus de faciliter l’écoulement de tout excès d’eau vers le sol environnant.
Une protection contre la pluie battante, comme un couvercle ou une bâche perméable posée sans être hermétique, évite qu’un tas déjà bien équilibré ne se retrouve détrempé après plusieurs jours de pluie continue, sans pour autant l’isoler complètement de l’humidité ambiante dont il a besoin. Cette protection compte particulièrement en automne et en hiver, saisons où les précipitations sont souvent plus abondantes et où le tas reçoit moins d’apports frais capables de rééquilibrer un excès d’humidité.
Brasser, ou laisser faire
Retourner régulièrement le tas de compost réintroduit de l’oxygène et accélère nettement la décomposition, en particulier dans les premières semaines suivant un apport important de matière verte. Un compost qu’on ne retourne jamais fonctionne quand même, mais beaucoup plus lentement, sur un rythme qui peut s’étaler sur une année complète plutôt que quelques mois. Le choix entre les deux méthodes dépend surtout du temps qu’on est prêt à y consacrer : un compost brassé régulièrement produit plus vite, un compost laissé tranquille demande moins d’efforts mais plus de patience.
Un compost qui chauffe au centre du tas, quelques jours après un apport, est le signe le plus fiable que la décomposition biologique fonctionne correctement.
Un geste qui réduit aussi les déchets
Au-delà de son intérêt pour le jardin, composter ses déchets organiques réduit sensiblement le volume de déchets ménagers à traiter, un enjeu documenté par l’Agence de la transition écologique dans ses travaux sur la gestion des biodéchets, consultables sur ademe.fr. Le compost obtenu, une fois mûr, s’incorpore au sol du potager ou des massifs et vient nourrir directement la vie du sol évoquée dans notre article sur la connaissance du sol avant de planter.
Reconnaître un compost mûr
Un compost prêt à l’emploi a une odeur de sous-bois, sans relent désagréable, une texture sombre et friable où l’on ne reconnaît plus les matières d’origine, à l’exception parfois de quelques fragments de bois plus lents à se décomposer. Utiliser un compost encore immature, où l’on distingue encore nettement les épluchures d’origine, peut au contraire déséquilibrer temporairement le sol en azote disponible, au détriment des jeunes plants qui y seraient installés directement.







