Accueillir la faune au jardin : haies, points d’eau et refuges

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On me demande souvent quel produit ou quel accessoire attire le mieux les auxiliaires au jardin. La vraie réponse déçoit toujours un peu : ce n’est jamais un objet qu’on achète, c’est un aménagement qu’on installe et qu’on laisse vivre. Les oiseaux, les insectes pollinisateurs, les hérissons et les auxiliaires de culture ont besoin de trois choses simples pour s’installer durablement : de quoi se nourrir, de quoi boire, et un endroit où se cacher ou nicher en sécurité.

La haie, refuge et garde-manger à la fois

Une haie composée d’essences locales et variées, plutôt qu’une haie monospécifique taillée au carré, rend deux services à la fois : elle offre un abri dense pour la nidification des oiseaux et le refuge de nombreux insectes, et elle fournit une nourriture étalée sur toute l’année grâce aux fleurs, aux baies et aux fruits que produisent des essences différentes selon les saisons. Une haie taillée sévèrement chaque année et composée d’une seule essence, à l’inverse, offre beaucoup moins de ressources et de cachettes que sa version diversifiée.

Laisser une partie de la haie ou de ses abords un peu plus libre, sans taille systématique, multiplie encore les possibilités de nidification, en particulier pour les espèces qui nichent bas, près du sol ou dans les fourrés denses.

Le point d’eau, souvent oublié

L’eau manque plus souvent qu’on ne le pense dans un jardin, y compris pour la faune qui ne s’y nourrit pas directement. Une simple coupelle peu profonde, renouvelée régulièrement et légèrement inclinée ou garnie de quelques pierres pour permettre aux insectes de se poser sans se noyer, suffit à attirer oiseaux, hérissons et insectes pollinisateurs sur de longues périodes, en particulier lors des étés secs où les points d’eau naturels se raréfient. Une petite mare, même modeste, va plus loin encore en offrant un habitat complet à des espèces comme les amphibiens et certains insectes aquatiques, en plus de servir de point d’abreuvement à toute la faune terrestre alentour.

Des refuges pour hiverner et se cacher

Beaucoup d’auxiliaires du jardin, coccinelles, chrysopes, carabes, hérissons, ont besoin d’un endroit stable pour passer l’hiver ou simplement se mettre à l’abri des prédateurs pendant la journée. Un tas de bois mort laissé dans un coin du jardin, un tas de feuilles non ramassé à l’automne, un muret de pierres sèches non jointées, offrent tous des interstices précieux que la végétation seule ne fournit pas. Ces aménagements ne demandent aucun entretien particulier une fois installés : c’est justement leur simplicité qui en fait des refuges durables.

Ce qui nuit le plus, sans qu’on s’en rende compte

  • Un sol et une pelouse traités systématiquement contre toute présence d’insectes privent les oiseaux insectivores de leur principale source de nourriture, en particulier au moment où ils nourrissent leurs jeunes.
  • Une pelouse tondue ras et uniformément partout supprime les zones de fleurs sauvages qui nourrissent les pollinisateurs ; laisser une bande plus haute, fauchée seulement une ou deux fois par an, change nettement la donne.
  • Un éclairage extérieur laissé allumé toute la nuit perturbe fortement les insectes nocturnes et, par ricochet, les chauves-souris et autres prédateurs qui s’en nourrissent.

Des fleurs échelonnées sur toute la saison

Un jardin qui ne fleurit que quelques semaines au printemps laisse les pollinisateurs sans ressource pendant le reste de la belle saison. Choisir des plantes qui fleurissent à des périodes différentes, du tout début du printemps jusqu’aux premières gelées, assure une continuité de nourriture bien plus utile qu’une floraison massive mais brève. Les floraisons les plus précoces et les plus tardives comptent particulièrement, car ce sont les périodes où les ressources naturelles environnantes sont souvent les plus rares pour les insectes qui sortent d’hivernage ou qui préparent la mauvaise saison.

Privilégier des fleurs simples, dont le cœur reste facilement accessible, plutôt que des variétés très doubles dont les pétales surnuméraires cachent parfois complètement le nectar et le pollen, améliore aussi nettement l’intérêt réel d’une plantation pour les pollinisateurs, même quand la variété double reste plus spectaculaire à l’œil.

Une diversité qui se construit dans la durée

Aucun de ces aménagements ne produit un effet immédiat. Une haie mettra plusieurs saisons à devenir un refuge dense, un tas de bois mort accueillera sa première population d’insectes xylophages avant d’attirer les prédateurs qui s’en nourrissent, une mare mettra du temps à s’équilibrer biologiquement. C’est cette patience, plus qu’un aménagement spectaculaire, qui fait la différence entre un jardin traversé par la faune et un jardin réellement habité par elle.

Un jardin qui accueille les auxiliaires n’a pas besoin d’être parfaitement entretenu partout : ce sont souvent les coins un peu négligés qui rendent le plus service à la biodiversité.

Ce que documentent les organismes spécialisés

L’Office français de la biodiversité travaille spécifiquement sur les aménagements favorables à la faune sauvage, y compris à l’échelle des jardins particuliers, et publie des recommandations sur les continuités écologiques, les points d’eau et les refuges à privilégier selon les régions. Ses ressources sont consultables sur ofb.gouv.fr, un bon point de départ pour affiner ces aménagements selon son contexte local.

Accueillir la faune au jardin ne s’oppose pas à la culture d’un potager productif : c’est même souvent un allié, puisque de nombreux auxiliaires attirés par ces aménagements se nourrissent des ravageurs qui s’attaquent aux cultures. Pour comprendre comment cette biodiversité s’articule avec le sol lui-même, voir notre article sur la connaissance de sa terre, et pour la gestion de l’eau à l’échelle du jardin, notre article sur l’eau au jardin.


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