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J'aime mieux être assis sur ce petit siège que tu as chez toi sous le portrait d'Aristote que sur leur chaise curule, et me promener avec toi dans tes jardins qu'avec celui, dont je vois bien que je n'éviterai pas une promenade en sa compagnie.      Cicéron à son ami Atticus.

Les jardins des écrivains

Avant-propos

Les jardins de Cicéron peuvent servir d'exemple à tous les jardins des villas que fréquentent les écrivains, lettrés et érudits de cette époque. Cicéron fut le premier à s'intéresser à cet art nouveau et vit aussitôt ce que l'art grec pouvait apporter à la création de nouveaux jardins. Par exemple, la mode des portiques contribua à ouvrir la villa sur la nature par une transition souple entre architecture et jardin. Celui-ci offrait tous les aménagements nécessaires à l'homme: des promenades pour la réflexion et Cicéron appellera son jardin, son Académie, un palestre et/ou un gymnase pour les exercices physiques, des bains, des fontaines pour la détente. Ainsi ce cadre offrait un équilibre raffiné, alliant les espaces dédiés au travail intellectuel à ceux destinés à l'exercice physique.
photo Le topiarius avait un grand rôle: c'était le jardinier à qui était dévolu la tâche de créer et d'entretenir les jardins de plaisance. Il pouvait embellir le quotidien par l'évocation artistique de la nature ou peindre sur les murs des représentations nées de la mythologie.photoC'est lui qui, dans les jardins de Quintus, intègre les statues au décor par des guirlandes de lierre.
Par la suite on se mit à peindre la nature avec des perspectives, peintures qui impressionnent encore aujourd'hui par leur réalisme, la connaissance de la flore et leur force suggestive.
D'après Pline l'Ancien, ce sont les Grecs et les Egyptiens qui sont à l'origine de la peinture et il attribue au Grec Ludius, l'invention du paysage peint sur les murs, "au temps du divin Auguste".

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Quelques fresques des villas de Boscotrecase

Cicéron

Cicéron eut plusieurs villas que l'on ne peut localiser mais dont l'une, avoisinait le village de Cumes et l'autre près de Tusculum.
Dans ses jardins, Cicéron trouve l'inspiration pour ses discours et ses écrits. Pour composer son jardin et notemment choisir ses statues, il consulte son ami Atticus qui se trouve le plus souvent à Athènes.
Je voudrais que tu me dises comment est ton Amalthéon, quelle est sa décoration, quel paysage en forme de cadre, et que tu m'envoies les poèmes et les récits que tu possèdes sur Amalthée. J'ai envie d'en faire un dans ma villa d'Arpinum.
Lettre à Atticus, décembre 61.
J'ai fait payer à L. Cincius 20400 sesterces pour les statues en marbre de Mégare, conformément à tes instructions. Tes hermès en marbre pentélique avec têtes en bronze, dont tu m'avais parlé dans ta lettre, sont pour moi un vrai régal que je savoure à l'avance. Aussi voudrais-je que tu me les envoies au plus tôt, et avec eux, en aussi grand nombre que possible, les statues et autres objets d'art qui paraîtront convenir à l'endroit en question [...] : surtout ce qui te semblera fait pour un gymnase et pour un xyste.
[...]
Ce que tu m'écris au sujet de l'Hermathéna m'est extrêmement agréable: c'est proprement l'ornement qui convient à mon Académie, car Hermès décore habituellement tous les gymnases, et Minerve va spécialement au mien. Aussi voudrais-je que, comme tu me l'écris, tu ornes ce lieu des autres objets d'art aussi, les plus nombreux possible. Les statues que tu m'as envoyées précédemment, je ne les ai pas encore vues. Elles sont dans ma propriété de Formies pour laquelle je me dispose à partir en ce moment. Je les apporterai toutes dans celle de Tusculum.

Lettre à Atticus, février 67.
Je t'en prie, si tu peux trouver quelques objets d'art propres à orner un gymnase pour l'endroit que tu sais, ne les laisse pas échapper. J'aime ma villa de Tusculum au point de n'éprouver de contentement intime qu'une fois que j'y suis arrivé.
Lettre à Atticus, novembre 68.
Auparavant Cicéron s'était intéressé aux travaux de son jeune frère Quintus dans sa villa d'Arpinum.
J'ai passé le 10 septembre dans l'Arcanum. J'y ai vu Mescidius et Philoxène, et l'eau qu'ils amenaient d'un point assez proche de la villa: elle coulait vraiment bien, surtout étant donné l'extrême sécheresse, et ils pensent en recueillir notablement plus. Chez Hérus, cela va bien. Dans le Manilianum, j'ai trouvé un Diphile qui se surpasse lui-même en lenteur. Malgré tout, il lui reste plus à finir que les bains, la promenade et la volière. La villa m'a beaucoup plu, parce que le portique avec son pavement a tout à fait grand air: je ne m'en suis aperçu que cette fois-ci, maintenant que le portique est entièrement ouvert et que les colonnes ont été polies.
[...]
De là la Vitularia m'a conduit tout droit au domaine de Fifidius, que j'ai acheté pour toi, à Arpinum, aux dernières nundines, 101 000 sesterces. Je n'ai jamais vu de lieu où il eût plus d'ombre l'été; l'eau coule en quantité d'endroits, et abondante. [...] tu auras une villa d'un merveilleux agrément, pour peu que tu y ajoutes une piscine et des jets d'eau, et que tu fasses verdoyer un bosquet autour de la palestre.
[...]
J'ai félicité le jardinier: il a si bien tout revêtu de lierre, tant le mur de soutènement de la villa que l'intervalle des colonnes de la promende, que finalement les statues de personnages grecs ont l'air de s'occuper de jardinage et de recommander le lierre à notre intention. Dès à présent, rien de plus frais, de plus moussu que l'apodytérium.

Lettre à Quintus, septembre 54.
Dans ses œuvres, Cicéron rapellera toujours la nécessité des jardins tant pour la réflexion que pour l'exercice de l'art oratoire.
Les Tusculanes évoque Tusculum, dans L'orateur, c'est en réunion sur la promenade que les personnages devisent et dans La République il donne au petit-fils de Scipion l'Africain le soin d'animer le dialogue sur la politique et l'Etat dans les vastes jardins qu'il possédait; Cicéron se sert ainsi de ce cadre naturel pour concilier métaphysique et politique, afin que la beauté de la nature soit reflétée dans les discours au sénat, agisant ainsi sur les lois adoptées ouvrant ainsi aux sociétés civiles les voies d'une perfection plus grande.

Le dernier lien de Cicéron avec les jardins fut celui qui se créa lors du décès, en 45 av. J.C. à Tusculum, de sa fille Tullia, période également de remous politiques dont il sera victime deux ans plus tard; il est en proie à un profond désarroi et désire se consoler en construisant un fanum, petit temple dans un endroit fréquenté empreint d'une atmosphère de recueillement religieux. Ce dernier "jardin" devient lieu de mémoire ouvrant la voie aux jardins funéraires que seront les mausolées d'Auguste et de Claude, sans parler du fait que les jardins sont l'endroit où la mort et la vie de la nature témoigne du pouvoir créateur de l'homme.
Cicéron a découvert d'instinct toutes les possibilités d'expression que les jardins offraient aux hommes de son temps. Il a contribué à leur développement par des réalisations concrètes, et surtout il a laissé des traces écrites de ce qu'il a fait. En ceci, il apporte le témoignage précieux d'un amateur doublé d'un écrivain à qui sa culture et sa curiosité universelles permettent de ne rien laisser échapper des potentialités d'un art nouveau. ?

Virgile

Ovide

Pline l'Ancien

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