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Les jardins mythologiques

Le jardin d'Hécate

Fille du titan Persès, de Zeus ou d'Admète, selon les versions, et d'Asteria, la nuit étoilée, ou encore d'Héra ou de Déméter, Hécate, est la magicienne de la nuit; elle a pour compagnes les Erinyes; les peupliers noirs lui sont consacrés et possède un bois sacré où poussent ses plantes magiques qui sont, selon l'auteur des Argonautiques orphiques :

Jardin d'Hécate

Là, la prairie est tapissée de plantes médicinales naines; il y a l'asphodèle asphodelos, le plantain klumenos, et le gracieux capillaire adiantos; la stramoine thruon, le souchet kupeiron et la frêle verveine aristereôn; la sauge hormin horminon, la moutarde eirusimon et le cyclamen violet kuklamis ioeidês ; la lavande stoichas, la pivoine paiôniê et le basilic touffu euernes poluklêmon, la mandragore mandragorês et la germandrée polion; en outre, le dictame cotonneux psapharon diktamnon,, le safran parfumé euodmos krokos et le nasitort kardamon; il y a ausi le léontice kêmos, la salsepareille smilax, la camomille chamaimêlon, et le pavot noir mêkon melaina, la malope alkua, la panacée panakês, l'ellébore blanc kalpason, l'aconit akoniton et bien d'autres plantes vénéneuses qui poussent sur cette terre.

extrait des Argonautiques orphiques.

Ce bois est planté de lauriers- daphnai, de cornouillers- kraneai, et de platanes- platanistoi; en son centre se dresse un chêne à glands doux- phêgos.

Le jardin de Médée

Fille ou nièce d'Hécate selon les versions, Médée possède, elle aussi, un bois sacré où poussent les plantes qu'elle utilise en tant que magicienne:
- l'akoniton, l'aconit qu'elle a apportée des rivages de Scythie;
- la colchique ou la mandragore selon les propositions des uns ou des autres, sans qu'il soit possible d'identifier la plante tant les caractéristiques que donne Apollionos de Rhodes sont imprécises et sommaires.tableau

Le jardin de Circé

La magicienne Circé, connaît tous les secrets des plantes magiques et les utilise pour la préparation de philtres, poisons et breuvages.

Théophraste, connu comme l’auteur des Caractères dont s’inspira La Bruyère, fut le fondateur du premier jardin botanique. Toutefois, cette expérience unique disparut avec son inventeur.

Les jardins homèriques

Dans l'Odysée, il est décrit trois jardins.

Les jardins de Calypso

Odyssée, Chant V, vers 55 à 75
photoQuand, au bout du monde, Hermès aborda l’île, il sortit en marchant de la mer violette, prit terre et s’en alla vers la grande caverne, dont la Nymphe bouclée avait fait sa demeure. Il la trouva chez elle, auprès de son foyer où flambait un grand feu. On sentait du plus loin le cèdre pétillant et le thuia, dont les fumées embaumaient l’île. Elle était là-dedans, chantant à belle voix et tissant au métier de sa navette d’or. Autour de la caverne, un bois avait poussé sa futaie vigoureuse : aunes et peupliers et cyprès odorants, où gîtaient les oiseaux à la large envergure, chouettes, éperviers et criardes corneilles, qui vivent dans la mer et travaillent au large. Au rebord de la voûte, une vigne en sa force éployait ses rameaux, toute fleurie de grappes, et près l’une de l’autre, en ligne, quatre sources versaient leur onde claire, puis leurs eaux divergeaient à travers des prairies molles, où verdoyaient persil et violettes. Dès l’abord en ces lieux, il n’est pas d’Immortel qui n’aurait eu les yeux charmés, l’âme ravie. Le dieu aux rayons clairs restait à contempler.
Traduction de Victor Bérard

Ce jardin était situé dans l'ouest du bassin méditerranéen, dans l'île mythique de d'Ogygie. C'était un jardi divin alors que des humains possédaient les deux suivants.

Le jardin d'Alkinoos

Odyssée, Chant VI, vers 112 à 133
tableau

Aux côtés de la cour, on voit un grand jardin, avec ses quatre arpents enclos dans une enceinte. C’est d’abord un verger dont les hautes ramures, poiriers et grenadiers et pommiers aux fruits d’or et puissants oliviers et figuiers domestiques, portent, sans se lasser ni s’arrêter, leurs fruits; l’hiver comme l’été, toute l’année, ils donnent; l’haleine du Zéphyr, qui souffle sans relâche, fait bourgeonner les uns, et les autres donner la jeune poire auprès de la poire vieillie, la pomme sur la pomme, la grappe sur la grappe, la figue sur la figue. Plus loin, chargé de fruits, c’est un carré de vignes, dont la moitié, sans ombre, au soleil se rôtit, et déjà l’on vendange et l’on foule les grappes; mais dans l’autre moitié, les grappes encore vertes laissent tomber la fleur ou ne font que rougir. Enfin les derniers ceps bordent les plates-bandes du plus soigné, du plus complet des potagers ; vert en toute saison, il y coule deux sources ; l’une est pour le jardin, qu’elle arrose en entier, et l’autre, sous le seuil de la cour, se détourne vers la haute maison, où s’en viennent à l’eau tous les gens de la ville. Tels étaient les présents magnifiques des dieux au roi Alcinoos.
Traduction de Victor Bérard.

Le jardin de Laerte

Odyssée, Chant XXIV, vers 220 à 350
Ulysse courut s’informer au verger plein de fruits. Il entra dans le grand enclos : il était vide ; Dolios et ses fils et ses gens étaient loin ; conduits par Diolos, ils ramassaient la pierre pour le mur de clôture. Ulysse dans l’enclos ne trouva que son père, bêchant au pied d’un arbre. Or, le vieillard n’avait qu’une robe sordide, noircie et rapiécée. Une peau recousue, nouée à ses mollets et lui servant de guêtres, le garait des épines, et des gants à ses mains le protégeaient des ronces ; sur la tête, il avait, pour se garer du froid, sa toque en peau de chèvre.
Tout cassé par la vieillesse, le coeur plein de chagrin, il apparut aux yeux du héros d’endurance, et le divin Ulysse ne put retenir ses larmes. Il s’arrêta auprès d’un poirier en quenouille. Son esprit et son coeur ne savaient que résoudre: irait-il à son père, le prendre, et l’embrasser, et tout lui raconter, son retour, sa présence à la terre natale ou bien l’interroger afin de tout savoir? Il pensa, tout compté, qu’il valait mieux encore essayer avec lui des paroles railleuses.
C’est dans cette pensée qu’il alla droit à lui, cet Ulysse divin. Tête baissée, Laërte était là, qui bêchait.
Arrivé près de lui, son noble fils parla:
ULYSSE - Vieillard, tu te connais aux travaux du jardin : quelle tenue ! quels arbres! vigne, figuiers, poiriers, oliviers et légumes, tu ne négliges rien..., du moins en ton verger, car, sur toi, c’est autre chose! Le soin te manque un peu ; quelle triste vieillesse ! quelle sale misère! et quels linges ignobles! Ce n’est pas un patron qui te néglige ainsi pour punir ta paresse !A te voir, rien ne trahit l’esclavage, ni les traits ni la taille! tu me sembles un roi ou l’un de ces vieillards qui n’ont plus dans la vie qu’à se baigner, manger, puis dormir à la douce. Mais allons! réponds-moi sans feinte, point par point: quel est donc ton patron! à qui donc ce verger? Autre chose à me dire; j’ai besoin de savoir: est-il vrai que la terre où je suis soit Ithaque? quand je venais ici, un passant, rencontré en chemin, me l’a dit... Oh! c’est un pauvre esprit, qui n’a su me donner aucun détail précis ni même me répondre au sujet de mon hôte... Je demandais s’il vit ou si la mort l’a mis aux maisons de l’Hadès. Mais, puisque te voilà, écoute [...] Pour Ulysse, voici quatre ans passés déjà que, dans notre pays, il est venu, le pauvre ! puis en est reparti. Au départ, il avait les oiseaux à sa droite; en le reconduisant, je l’en félicitais, et lui, tout en marchant, me disait son bonheur ! ... [...]
Il disait; la douleur enveloppait Laërte de son nuage sombre et, prenant à deux mains la plus noire poussière, il en couvrait ses cheveux blancs, et ses sanglots ne pouvaient s’arrêter. Le coeur tout remué, Ulysse commençait à sentir ses narines picotées par les larmes.
Il regarda son père; il s’élança, le prit, le baisa et lui dit:
ULYSSE - Mon père! le voici, celui que tu demandes... Je reviens au pays, après vingt ans d’absence! Mais trêve de sanglots, de larmes et de cris! Ecoute! nous n’avons pas un instant à perdre! Car, j’ai, sous notre toit, tué les prétendants et soulagé mon âme, en punissant leurs crimes.
Mais Laërte, prenant la parole, lui dit:
LAERTE - Si j’ai bien devant moi Ulysse, mon enfant, je ne veux me fier qu’à des marques certaines.
Ulysse l’avisé lui fit cette réponse :
ULYSSE - Que tes yeux tout d’abord regardent la blessure que jadis au Parnasse, un sanglier me fit de sa blanche défense: c’est toi qui m’envoyas, et mon auguste mère; car chez Autolycos, mon aïeul maternel, m’attendaient les cadeaux qu’à l’un de ses voyages, il vous avait ici promis de me donner... Une autre preuve encore? dans les murs de ce clos, je puis montrer les arbres que j’avais demandés et que tu me donnas, quand j’étais tout petit; après toi, je courais à travers le jardin, allant de l’un à l’autre et parlant de chacun; toi, tu me les nommais. J’eus ces treize poiriers, ces quarante figuiers, avec ces dix pommiers! Voici cinquante rangs de ceps, dont tu me fis le don ou la promesse; chacun d’eux a son temps pour être vendangé, et les grappes y sont de toutes les nuances, suivant que les saisons de Zeus les font changer. Mais Laërte, à ces mots, sentait se dérober ses genoux et son coeur: il avait reconnu la vérité des signes que lui donnait Ulysse. Au cou de son enfant, il jeta les deux bras, et le divin Ulysse, le héros d’endurance, le reçut défaillant. Mais il reprit haleine ; son coeur se réveilla.

traduction de Victor Bérard

Sources

- Aude GROS de BELER - Bruno MARMIROLI - Alain RENOUF- Jardins et paysages de l'Antiquité.photo - Grèce - Rome - Actes Sud
- Malgorzata GRYGIELEWICZ- La rencontre philosophique dans le jardin grec - Thése de doctorat en philosophie, Université Paris VIII.
- Michel ONFRAY- Contre-histoire de la philosophie- N°2- cd 5.

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